Jacques Lacan consacre sa vie à la relecture de Freud, et sa recentralisation dans l’univers psychanalytique. Voici donc, un extrait résumé issu des séminaires de 1961 et 1962 sur la notion d’identification.
En premier lieu, Jacques Lacan se réapproprie le sujet chez De Saussure, comme «effet du signifiant». Autrement dit, le signifiant se retrouvant dans l’impossibilité de s’identifier identiquement à lui-même (impossible puisqu’il se lie et se compose d’une différenciation inhérente à lui-même) n’a aucun autre choix de s’identifier –se signifier- au sujet voire à un autre signifiant. Lacan désire d’entrée de jeu créer cette distance conceptuelle du signifiant à lui-même et concentrer cette relation avec le sujet : une dichotomie nécessaire puisqu’il déconstruira la notion cartésienne de l’être. En effet, Jacques Lacan admire vraisemblablement René Descartes mais récuse et met en doute le concept d’identité chez Descartes. À vrai dire, il redoute que le philosophe est pu penser «l’être comme inhérent au sujet». Son questionnement méthodique (mécaniste) se déploie dans le niveau du réel ; ce qui est acceptable par Lacan, mais insatisfaisant. Un travail dont il décidera d'y terminer la finalité des paradigmes. À tout dire, le cogito ergo sum n’incarne qu’une parole au contraire d’un réel processus d’introspection du sujet, de l’être et «se heurte à cette objection, et je crois qu'elle n'a jamais été faite, c'est que je pense n'est pas une pensée». Lacan se fonde alors sur toute la notion précédente de l’articulation du sujet à travers l’existence d’effet du signifiant comme tel. Or, il accepte le logicisme de Descartes sur la pensée, mais démontre injustifiable le processus cartésien de l’existence d’une pensée qui prend conscience de sa propre pensée. En fait, elle ne peut le concrétiser ceci ramène à ce qu’il y a de «concret dans l’expérience [lacanienne] concernant l’identification» : ce n’est ni plus ni moins une «identification de signifiant». Finalement, Lacan explique que l’on se heurte à une impasse sur la notion identitaire qu’il traite dans son séminaire puisque le sujet ne permet pas de dégager de son expérience un quelconque savoir absolu, donc l’impossibilité pour nous de poser le problème du savoir absolu du sujet comme possible.
«L'impasse, voire l'impossible du je pense, donc je suis. C'est justement cet impossible qui fait son prix et sa valeur, ce sujet que nous propose Descartes, si ce n'est là que le sujet autour de quoi la cogitation de toujours tournait avant, tourne depuis, il est clair que nos objections, dans notre dernier discours, prennent tout leur poids, le poids même impliqué dans l'étymologie du verbe français penser qui ne veut dire rien d'autre que peser; quoi fonder sur je pense, où nous savons, nous analystes, que ce à quoi je pense, que nous pouvons saisir, renvoie à un de quoi, et d'où, à partir de quoi je pense qui se dérobe nécessairement». Dorénavant, Lacan confirme qu’il ne suffit pas de penser être pour toucher à l’être pensant : des mentions lacunaires décrites par Descartes dans ses Méditations. Corollairement, Lacan nous met en garde contre ce mirage du savoir absolu. Il, dans le respect de Descartes réfutera toujours la «fonction d’idéalisation» du processus philosophant typique de la tradition classique.
Jacques Lacan, L'identification, Séminaire IX, 1961, 1962
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