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Lundi 1 janvier 2007

À l’aube d’une première décennie (presque achevée) de ce jeune siècle, plusieurs réflexions et inquiétudes marquent notre entrée remarquée dans le développement de cette nouvelle ère : le dénommé XXIe siècle. Mais quels développements? Accélération de l’histoire comme dirait Daniel Halévy, explosion de la technologie et du savoir, effacement des espaces et du temps (communication satellite, mondialisation, diffusion des cultures) comme le propose René Rémond ou encore multiplication des besoins. Les années antérieures se caractérisent par plusieurs cas historiques qui ne nous importent peut-être aucunement, mais affectent notre devenir. Par exemple, nous assistons à la domination et l’acception de la démocratie à travers le monde avec son exacerbation illustrée en Irak ou les multiples adhésions d’États à l’Union Européenne. Encore, l’isolement tiers-mondiste croissant caractérisé non seulement par le manque de coopération sud sud, mais la négligence de relations solides entre le Nord et le Sud. L’émergence de puissance «complète» comme la Chine, l’Inde et le Brésil où encore le choc des civilisations comme aime le prétendre Samuel Huntington où plus précisément la plus vieux face-à-face de l’histoire : Occident-Orient. Bref, où en sommes-nous désormais? Au lieu d’arborer une réflexion géopolitique du monde, des faiblesses économiques ou des guerres, restons humbles et tentons de proposer un examen de notre propre collectivité : la société, le produit de nos relations. Voici donc, sans être une diatribe explicite, une observation personnelle (pour cette fois-ci, car j’adore rester neutre), du malaise qui nous importe : la modernité, dans un sens tout autre que le progrès scientifique ou technologique.

    Grande lauréate des courants philosophiques depuis trois siècles, la modernité produit conceptuel issu des Lumières (XVII-XVIIIe siècle) est entrée dans une forme stagné, hermétique de sa propre raison. Alors originellement construire comme réfractaire à l’autorité -monarchie, absolutisme divin- la modernité s’est transcendé à travers la société et les hommes.  Depuis elle n’est plus, ou plutôt, elle ne tente plus d’être. À titre d’exemple, Charles Taylor dénote les malaises de la modernité sous trois facettes complémentaires accusant le dessein de l’homme comme contraire au réel besoin humain actuel. Dans Grandeur et Misère de la Modernité, il explique ce qui cloche. Des préoccupations urgentes qui permettent d’inaugurer une nouvelle vision –communautariste- de la société occidentale moderne. La perception tripartite des causes de malaise de cette modernité laisse supposé une crise interne des structures modernes et technologiques de l’ensemble sociétal de l’être humain. Ce n’est donc pas une attaque à la modernité, mais une triste constatation de son produit. Comme première cause de ce malaise, on aperçoit l’individualisme exacerbé où «nous avons conquis notre liberté moderne en nous coupant des anciens horizons modernes1». La modernité a en effet isolé chaque homme à sa propre cause de sorte qu’il s’est replié sur son individualité ce qui a créé une rupture avec l’ensemble qui le régit, la société. Au détriment des autres, l’homme (et la femme) pense désormais comme être unique, conscient de son pouvoir, son contrôle et de ses choix. Secundo, apparaît alors un autre malaise incarne sous une raison instrumentale identifiée comme un mal inhérent au premier. Taylor entend par cet «instrumentalisme» une rationalité quelque peut fallacieuse des fins et des moyens anticipés par l’homme. Tout devient alors repensé en quête de bonheur et de bien-être, de productivité et d’efficacité maximale2. Finalement, la convergence de ces deux tendances anomales amène un malaise connu par sa contraignante restriction des choix. Les sociétés technos industrielles en effervescence produisant et renforçant une raison instrumentale et un individualisme avivé. Taylor y voit un certain despotisme doux aliénant l’homme à une orbite gravitant autour de la sphère politique hautement centralisée et complexe3. Le changement d’une mentalité devrait ainsi se faire du haut de l’État et s’acquiescer par la société à défaut d’être initié par quelques individus. Comme l’École de Frankfurt dénonce la faillite de l’émancipation sociale de l’homme annoncé par les Grands –Rousseau, Locke et Kant- notre philosophe canadien déplore la dominance d’un contrôle de la nature humaine à travers le processus historique qui le génère. Par exemple, Jürgen Habermas un des philosophes les plus cités et plus influents du siècle, décrit la modernité comme œuvre inachevée. Si la rupture cartésienne a annoncé les germes de cette modernité au détriment des courants dominants aristotélicien, augustinien et ensuite scolastique, l’époque des Modernes armés de leur Contrat Social et de leur Paix perpétuelle prometteuse a cherché à constituer une image de l’homme réel dans son univers réel. Or, ces fondements ontologiques (l’être) et épistémologiques (connaissance) ont définitivement sécularisé les prémisses théoriques dans un ensemble indissociable ayant comme effet à travers la mécanique de l’histoire -et j’entends ici cette mécanique comme processus linéaire de l’histoire dans des causes et effets à l’inverse d’une  spirale tendant à se boucler interminablement- une certaine fermentation des idées qui s’est imprégnée dans la culture occidentale et ses structures. Conséquemment, il y a eu cristallisation d’une raison acceptée et prouvée par l’histoire, mais dépourvue d’authenticité de sorte qu’il y a eu éclatement de la rationalité et de la morale donnant lieu à des interprétations diverses. En fait, il est clair de penser que la modernité s’est vue critiqué et a soulevé plusieurs inquiétudes menant à des réflexions post-épistémologiques et post-ontologiques : la naissance par exemple du post-moderne. Mais la question de réside pas dans les critiques tonitruantes amenées par les post-modernes tels Derrida, Lyotard ou encore Foucault et Baudrillard. L’intérêt n’est pas pour l’instant dans la structure du langage, de l’image ou du pouvoir, mais dans son effet et son impact sur l’homme et son environnement : ses relations, sa vie. Pour nous, ce qui intrigue dans la  modernité est cette tendance, voire ce besoin à construire une réalité de l’homme comme fondement universelle. Historiquement, la modernité s’est incrustée et s’est figée dans les structures déjà affaiblies et a procuré aux institutions sociales, politiques et culturelles une réflexion et une finalité universellement acquise. Certes, ce renouveau a pris sa place dans la séquence des époques, mais reste à savoir où nous en sommes maintenant? Autrement dit, comment donc repenser et présupposer la modernité telle qu’elle devrait originellement être sans la travestir par des raisons quelconques, morales ou idéales à travers les corps politiques sociaux et culturels? Le besoin de choisir, d’apprêter ses intérêts demeure une déformation de la réalité de l’idéal moral4. C’est l’effacement des autres au profit du seul, de l’individu, qui est déplorable. Le laxisme du politique et la conscience différée chez les hommes –penser l’écologie et l’environnement comme nécessité ardente ou simple discours vide de sens par exemple-.

    Voici donc se manière introductive les malaises inhérent chez l’homme et sa culture. Rien de plus, rien de moins. Sans prétention philosophique et sans fausse modestie politique, c’était une simple observation phénoménologique et historique.




1. Charles TAYLOR, «Grandeur et Misère de la Modernité», Bellarmin, 2004, Boucherville, p.13.

2. Ibid., p.15.

3. Ibid., p.21.

4. Ibid., p.37.

Par Guillaume - Publié dans :
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