Article paru sur Cent Papiers. Voici donc son intégralité
Candeur ou fait acquis, l’hypersexualisation de la société, ou plus précisément des femmes, dérobe une morale qui semblait rigide et empreinte de bienfaits il y a de ça pas si longtemps : l’intimité.
Voyeurisme oblige, les individus — avec un e — se cristallisent autour d’une prescription unilatérale qui les propose aux modèles de « gaudrioles » si viables et si sains. Cette « extrasexualisation » déferle à travers plusieurs substrats médiatiques et sociaux : magazines, musiques, modes, etc. Or, les interrogations et les fustigations s’accumulant (Maisonneuve en direct, Le Devoir), un laxisme patent semble obscurcir notre jugement. Diamétralement opposé, on dépeint un portrait plus modéré de cette explosion du sexuel (Une Angoisse à Relativiser- Le devoir). Regain conservateur ou simple atteinte à la morale ? Si la source même de cette distorsion de la perception de la femme semble quelque peu nébuleuse, la question principale reste à savoir si celle-ci pérennise son émancipation, ou plutôt s’en retrouve soustraite. L’heure est aux images érotisées, au subliminal des messages « pornographisés » et ce insidieusement incrustés dans tous les recoins des structures sociales et culturelles. Peut-être est-il prématuré de parler dès lors d’une culture, mais si elle n’en est pas une, cette idéologie du « sexe exacerbé » semble très bien ancré au paysage actuel. Proposant directement une artificialité osée, approuvée et consciente de sa portée, cette sexualité sociale — ce théâtre érotique— demeure un phénomène de société témoignant d’une ampleur inquiétante.
Le véhicule médiatique n’aide pas et multiplie les fantasmes, les sous-entendues et l’appétit. La peur première, inhérente à ce mécanisme est sa répercussion sur ses plus proches sujettes, les jeunes filles. Attention de ne pas blâmer que cette jeunesse au féminin, puisque son opposé, le « p’tit gars » joue un rôle manifeste au cœur de cette dynamique. Parce que principalement, elle veut plaire, la petite fille devient un miroir au désir du garçon, et ce, dans la crainte du rejet comme expérience traumatisante chez beaucoup de jeunes. À noter le pathétisme des mentors publicitaires. Ces « emblèmes » placardés, affichés sur les murs de briques d’édifices ou sur les rebords des artères routières, semblent omniprésents et détenteur du contrôle du concept de sexualité comme instrument de vente. D’ailleurs, cette instrumentalisation de la publicité et de ses messages ne fait face à aucun contre poids, aucun équilibre. Pas si dure de croire à cette évangélisation de la femme-objet. Alors que la subtilité existe toujours, celle-ci semble désormais déserter les enseignes ; glorifiant ainsi la sensualité des courbes, les tenues délabrées et la sueur sur la peau huilant les chevelures, le nez et les lèvres. Ces illustrations publicitaires, musicales ou cinématographiques édifient ainsi des modèles de stéréotypies. Comme si on nous laissait le plaisir d’imaginer la suite d’une histoire. Cette explicitation de l’imaginaire sexuel et surtout pornographique remet en cause plusieurs perceptions et acquisition de la femme dans nos sociétés depuis l’émancipation littéraire (Wollstonecraft, de Beauvoir), politique et sociale (E. Goldman). Nous assistons dès lors à une pornographie infantilisant la femme et féminisant les enfants pour paraphraser Richard Poulin et Amélie Laprade.
Ces aberrations affolent et déstructurent les notions familiales de l’éducation sexuelle. Inscrite comme un phénomène encore timide au sein des foyers, cette inertie semble montrer un sentier plus facile d’accès laissant paraître à travers la musique, les vidéos dénudés et les images-choc une substance invitant à l’épanouissement sexuel. Épanouis, on le veut bien, mais à quel prix ? Au détriment de quelle intégrité, respect et intimité ? L’industrie pornographique se trouve, depuis plusieurs années, largement diffusée et accessible normalisant ainsi plusieurs comportements sociaux qui portent à réfléchir : voyeurisme cybernétique, dévotion et accessibilité — illusoire— des femmes pour les hommes véhiculée sous Internet et par les flux informationnels par exemple. La « pornographisation » des conduites sociales s’accorderait alors avec ce recyclage des archétypes sexuels du genre de la révolution sexuelle occidentale des années soixante, ou encore plus loin, à l’exaltation sensuelle et érotique dans l’hymne au corps émanant du romantisme classique du XVIIe et XVIIIe siècle. Évidemment, tous ceci ne connaît pas la même ampleur historique et sociale.
Un parallèle situationniste.
Libertinage ou pudeur. Chacun son choix, certes, les tendances sociales actuelles semblent concorder voire même se juxtaposer aux critiques situationnistes des années 1960 étrillant le spectacle comme rapport social et luttant pour l’abolition de l’art contemplatif, des loisirs et de l’artificiel. À ne pas prendre au premier degré ; on voit là contemplation sociale où demeure cette aliénation des comportements et des rapports entre individus sous l’enceinte d’un rapport de production, de marchandise. Comme Guy Debord le mentionnait : « le spectacle est la religion de la marchandise » à savoir « un rapport entre les personnes médiatisées par des images ». Cette société du spectacle comme il l’a nommé si bien — et qui d’ailleurs est le titre de son œuvre— circonscrit les interactions sociales autour d’une inversion de la réalité comme moment du faux. Autrement dit, le spectacle s’affirmant comme idéologie économique et en lien étroit avec le consumérisme social patent, diffère d’une réalité latente éclipsée par cette « aliénation ». C’est un peu être dans une boîte tapissée de miroir réfléchissant sa propre image, son propre devenir, ou ce qu’il doit en être alors qu’à l’extérieur, le vrai réside et s’oublie. Bref, cette courte explication n’est donc pas un diktat anti-capitaliste ou une harangue politique marxiste, mais une annotation de l’existence d’un parallèle, d’une parenté entre l’évolution des faits sociaux et l’opposition des soixante-huitards.
Finalement, loin de moi l’idée d’exemples anecdotiques visant à interpréter certains comportements d’adolescents face à ce phénomène émergeant, de décrire l’accoutrement léger des jeunes filles et le regard plongé des « p’ti gars ». L’heure est à la réflexion à savoir d’un point de vue féministe si l’image construire de la femme émancipée ne semble pas s’effriter au profit d’un retour en arrière vers la femme scrutée, asservie et accessible. Puis, cette propulsion de cette hypersexualisation ne contiendrait-elle pas les germes d’anomalies sociales, accroissement des déviances où celle-ci tendrait à s’installer sous forme d’une coutume ? Brièvement assistons-nous alors à une démesure ou une évolution ?
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